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LE MASQUE  Просмотрен 22

 

À Ernest Christophe, statuaire.

 

 

STATUE ALLÉGORIQUE DANS LE GOÛT DE LA RENAISSANCE

 

Contemplons ce trésor de grâces florentines;

Dans l'ondulation de ce corps musculeux

L'élégance et la force abondent, sœurs divines.

Cette femme, morceau vraiment miraculeux,

Divinement robuste, adorablement mince,

Est faite pour trôner sur des lits somptueux,

Et charmer les loisirs d'un pontife ou d'un prince.

 

— Aussi, vois ce souris fin et voluptueux

Où la fatuité promène son extase;

Ce long regard sournois, langoureux et moqueur;

Ce visage mignard, tout encadré de gaze,

Dont chaque trait nous dit avec un air vainqueur:

"La volupté m'appelle et l'amour me couronne!"

À cet être doué de tant de majesté

Vois quel charme excitant la gentillesse donne!

Approchons, et tournons autour de sa beauté.

 

Ô blasphème de l'art! Ô surprise fatale!

La femme au corps divin, promettant le bonheur,

Par le haut se termine en monstre bicéphale!

 

Mais non! Ce n'est qu'un masque, un décor suborneur,

Ce visage éclairé d'une exquise grimace,

Et, regarde, voici, crispée atrocement,

La véritable tête, et la sincère face

Renversée à l'abri de la face qui ment.

Pauvre grande beauté! Le magnifique fleuve

De tes pleurs aboutit dans mon cœur soucieux;

Ton mensonge m'enivre, et mon âme s'abreuve

Aux flots que la douleur fait jaillir de tes yeux!

 

— Mais pourquoi pleure-t-elle? Elle, beauté parfaite

Qui mettrait à ses pieds le genre humain vaincu,

Quel mal mystérieux ronge son flanc d'athlète?

 

— Elle pleure, insensé, parce qu'elle a vécu!

Et parce qu'elle vit! Mais ce qu'elle déplore

Surtout, ce qui la fait frémir jusqu'aux genoux,

C'est que demain, hélas! Il faudra vivre encore!

Demain, après-demain et toujours! — comme nous!

 

русский

 

XXI

HYMNE À LA BEAUTÉ

 

 

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,

Ô beauté? Ton regard, infernal et divin,

Verse confusément le bienfait et le crime,

Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

 

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore;

Tu répands des parfums comme un soir orageux;

Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore

Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

 

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres?

Le destin charmé suit tes jupons comme un chien;

Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,

Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

 

Tu marches sur des morts, beauté, dont tu te moques;

De tes bijoux l'horreur n'est pas le moins charmant,

Et le meurtre, parmi tes plus chères breloques,

Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

 

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,

Crépite, flambe et dit: bénissons ce flambeau!

L'amoureux pantelant incliné sur sa belle

A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

 

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,

Ô beauté! Monstre énorme, effrayant, ingénu!

Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte

D'un infini que j'aime et n'ai jamais connu?

 

De Satan ou de Dieu, qu'importe? Ange ou sirène,

Qu'importe, si tu rends, — fée aux yeux de velours,

Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine! -

L'univers moins hideux et les instants moins lourds?

 

русский

 

XXII

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